Courir après le beau…
Retour au bord de l’océan, face à l’Altafjorden, un peu au nord de la bourgade d’Alta, considérée comme la ville de plus de 10.000 habitants la plus septentrionale du monde. Faut dire que sous ces latitudes, le moindre petit village est sans doute le plus septentrional au monde pour quelque chose…
Départ
Arrivée
Distance
Kautokeino (NO)
Kviby (NO)
188 km
Altitude moyenne (m)
Température max.
Température min.
205 m
14 ºC
8 ºC
Statistiques générales de l’aventure jusqu’à aujourd’hui
Distance totale (km)
Gasoil (L)
Pays visités
13.183 km
2.062 L
8
On a quitté la tundra et notre gigantesque plateau à 300m d’altitude pour revenir au bord de l’océan. Quelques centaines de kilomètres plus haut par rapport à l’endroit de la côte où nous avions quitter la Norvège, mais ici encore, on retrouve les fjords et ces montagnes encore enneigées qui tombent dans l’océan.
Pour arriver jusqu’ici, on a suivi presque 200 km d’une route majoritairement rectiligne, qui traverse une zone où ne poussent que des bouleaux rabougris. Ce n’est que sur les quelques derniers kilomètres avant l’océan, dans la descente, qu’on a retrouvé une forêt de conifères. L’attraction principale de la route (à part à être passionné par les bouleaux), c’est les rennes, qui traversent comme ils veulent et, de préférence, quand passe un véhicule (et pourtant, il en passe pas souvent !…).
Ce matin, justement, on lisait dans la presse deux articles sur le tourisme : un de la BBC sur « comment être un meilleur touriste », qui tord le coup à la notion (erronée) qui tend à séparer le « touriste » (bidochon, en groupe, sans respect pour rien ni personne et avec une tendance à la supériorité par rapport aux endroits qu’il visite) et le « voyageur » (grand et noble, héritier des grands explorateurs et qui, supposément, recherche des expériences plutôt que des selfies). L’article, qui cite un livre récemment paru sur le sujet, conclut que nous sommes tous touristes, d’une façon ou d’une autre, et que c’est de la responsabilité de chacun d’arriver à être un « meilleur touriste », pour le bien de l’environnement, des populations locales, et de l’industrie du tourisme elle même…
Le deuxième, une newsletter, commençait textuellement par: « Abreuvés de stimuli, nous supportons de moins en moins, lors de nos explorations, de traverser des endroits quelconques. Inutile de chercher bien loin l’origine de cette quête d’épiphanie : un passage de rando bitumé, un parcours avec une portion dans une zone d’activités ou un spot d’escalade collé à une autoroute, ça fait toujours moins bien dans un CV d’aventurier (Instagrammeur, donc). La vraie question est ailleurs : est-ce qu’on ne gagnerait pas à assumer ces interstices, pour mieux s’enlever cette pression du « top shot » ?«
On repensait à ça pendant ces kilomètres de route. Le paysage est monotone, mais il n’en est pas moins beau et intéressant. Mais voilà, il n’est pas aussi « photogénique » (comprenez « Instagrammable ») qu’un troupeau de rennes ou un écureuil qui traversent la route juste devant Marvin. Et pourtant, en y pensant un instant, il fait partie d’un tout, d’une continuité d’écosystèmes que l’on suit depuis maintenant plus de 13.000 km et qui nous a porté des garrigues méditerranéennes jusqu’à la tundra arctique. Ce paysage, c’est celui qu’on est venu chercher, celui qui nous indique que nous touchons au but, et qu’il ne reste qu’une poignée de fjords avant d’arriver au Cap Nord…
Bien sûr, quand on arrive sur la petite péninsule sur laquelle on s’est installés pour la nuit, difficile de ne pas retomber dans le travers d’Instagram. Nous sommes seuls au monde (tout un luxe en Norvège, comme on l’a déjà dit), sur une petite avancée rocheuse, face au fjord d’Alta, avec devant nous des montagnes enneigées et deux grandes îles. Il fait une journée splendide, ce qui, par ici, veut dire un grand soleil et juste assez de vent pour que les moustiques ne puissent pas voler, mais pas trop pour pas que ce soit gênant, et des températures autour de 20ºC. Étant donné que le site offre un point de vue à 360º et que la météo pour cette nuit semble rester bonne, on aura sans doute une chance de voir un vrai soleil de minuit et d’ici là, on ne désespère pas de voir quelques dauphins dans le fjord (il paraît qu’on en voit pas mal par ici)… Pas la peine de courir après le beau, par ici… C’est lui qui s’offre à nous, sous une forme ou une autre…

















Qué hermosura. Y me gustó lo que escribiste sobre simplemente recibir la belleza de la naturaleza. Muy bonito