De la neige à un semi-désert…
Nous voilà donc repartis pour une nouvelle aventure sur la côte Atlantique de l’Europe (à croire qu’on a pris gout à la pluie, l’an dernier… 🤔). Après 5 mois de presque sédentarité, il était grand temps de retrouver les sensations de l’aventure à bord de Marvin! Pour ces premières étapes, nous avons donc quitté les sommets andorrans enneigés (mieux vaut tard que jamais) pour rejoindre un désert, ou plus précisément, un semi-désert, sur notre route pour rejoindre l’Atlantique…
Départ
Arrivée
Distance
Pal (AD)
Los Monegros (ES)
323 km
Altitude moyenne (m)
Température max.
Température min.
449 m
7 ºC
0 ºC
Statistiques générales de l’aventure jusqu’à aujourd’hui
Distance totale (km)
Gasoil (L)
Pays visités
232 km
36,60 L
1
Il aura fallu attendre jusqu’au 15 mars pour avoir un peu de neige, cette année… Une vingtaine de centimètres qui ont laissé les sommets enneigés en cette journée nationale andorrane. De quoi finir la saison de ski dans de meilleures conditions, sans doute. Pour nous, c’était un joli au revoir, pour prendre la route avec des étoiles plein les yeux (c’est seulement la deuxième fois, cette saison, qu’on voyait autant de neige!…).
Retour sur la route, donc, avec pour mission, pour cette première partie de l’aventure, de rejoindre Bilbao d’ici le 30 mars, pour qu’un gros ferry nous emmène en Irlande. Des sommets andorrans enneigés, nous avons passé notre première nuit entre les amandiers en fleur, tout près de Lleida. Les cigognes étaient elles aussi au rendez-vous, comme la dernière fois qu’on était passés par là, ainsi que des dizaines de milans, de buses et autres faucons crécerelles.
Dans cette première étape, il nous faut quand même signaler un petit contretemps assez curieux. Au moment de faire le plein d’AdBlue, un jet de liquide a commencé à sortir du tuyau qui permet de remplir le réservoir, comme si quelque chose avait mordu le tuyau (comme deux trous de canines). On a d’abord pensé (un rien dépités) à rentrer à la maison en attendant d’amener Marvin chez Iveco, une fois de plus… et puis on s’est ravisés. On s’est dit qu’après tout, si ça nous été arrivé au milieu de l’Irlande, on ne serait pas rentrés à la maison, alors… Que rien n’arrête l’aventure (de toutes façons, le réservoir était encore plein à 60%) !…
De la neige au désert…
Deuxième jour d’aventure pour rejoindre notre étape du jour, non sans être passés par une station service pour tester notre réparation de fortune du tuyau d’AdBlue (c’est incroyable tout ce qu’on peut faire avec de l’adhésif extra-fort…). On a fait le plein de gasoil, on a fait le plein d’AdBlue et, même si quelques gouttes sortaient encore a travers l’adhésif, on a réussi à remplir le réservoir à 100%. Bien sûr, il faudra le faire réparer, mais ce n’est pas une urgence qui aurait justifié qu’on revienne à la maison avant même d’être partis. C’était donc sans doute une bonne décision de continuer…
Même si c’est difficile à croire quand on voit les paysages de cette région, il y’a à peine 300 ans se dressait ici la forêt de chênes verts la plus grande d’Europe. C’est d’ailleurs de là que vient son nom: les cimes des chênes verts, vues de loin, ont une couleur sombre, et les Monegros (Mons Negros, ou monts noirs, en aragonais) étaient une immense masse forestière qui, vue de la périphérie, justifiait son nom.
Et que s’est-il donc passé pour que ces mêmes paysages soient aujourd’hui l’une des 5 zones désertiques que compte l’Europe? Tout se résume à un nom: Pedro Pablo Abarca de Bolea y Ponts de Mendoza, conte d’Aranda (ou Aranda, pour les amis). Cet illuminé, nommé ministre plénipotentiaire par le roi Charles III, avait apparemment un problème avec les arbres (ou peut-être seulement avec les chênes verts) puisqu’à peine nommé, il révoqua le droit préférentiel des habitants de la région sur les ressources naturelles des Monegros, privatisa la forêt et ordonna sa déforestation totale, dans l’idée de faire de la place pour y installer des champs.
Seulement voila, Aranda n’était vraisemblablement pas biologiste, écologue, ou même météorologiste. La zone des Monegros est une terre extrêmement aride (d’où la présence des chênes verts) et extrêmement ventée. Du coup, les zones déboisées par Aranda n’ont jamais pu être exploitées pour l’agriculture (jusqu’à la construction d’un complexe système de canaux d’irrigation dans les années 1980), et les chênes n’ont jamais pu repousser du fait du vent quasi-permanent. Résultat, en quelques décennies, Aranda avait transformé une immense forêt de chênes en une zone désertique (ou semi-désertique, pour être exact, étant donné qu’il y pleut quand même un peu, mais de forme généralement très violente, ce qui rajoute encore à l’érosion des sols). La chronique d’un écocide du XVIIIe siècle, en quelques sortes (comme quoi, ça arrive aussi près de chez nous…).
Avant d’entrer dans le désert, nous sommes passés par la lagune de Sariñena, une des seules zones humides restantes dans la région, les autres s’étant asséchées après s’être salinisées, du fait de l’érosion des sols provoquées par la déforestation. Nous sommes aussi passés par la Cartuja de las Fuentes, un imposant monastère de 6.000m2, posé au milieu de rien. L’édifice est en travaux permanent depuis des années, et la tâche est énorme, étant donné qu’il n’y a pas un seul mur ou un seul plafond qui ne soit pas recouvert d’une immense fresque.
Les Monegros…
La région des Monegros est donc aujourd’hui considérée comme l’une des cinq zones désertiques d’Europe, où on ne trouve plus aucun chêne vert, mais juste quelques pins rabougris, des herbes de garrigue et, surtout, des zones de terre totalement nue, ravinées par l’eau et craquelées par la sécheresse. L’élément le plus singulier des Monegros est le « tozal » (ou « tozales » au pluriel), de curieuses formations rocheuses aux couleurs multiples, sculptées par l’érosion au cours du temps. C’est au pied d’un de ces « tozales » que nous nous sommes installés pour deux nuits.
Comme c’est habituel dans nos aventures, il a suffit qu’on arrive dans le désert pour qu’il y commence à pleuvoir! Et contrairement aux documentaires de National Geographics, dans les Monegros, après la pluie, le désert ne se couvre pas de milliers de fleurs de toutes les couleurs… Dans les Monegros, après la pluie… vient le brouillard! 🤬
Un brouillard tellement épais qu’on ne voyait même plus le Tozal au pied duquel on était garés, depuis la fenêtre de Marvin. Heureusement, tout ça s’est relativement vite dispersé, et à midi, on avait droit à un grand soleil qui a fait remonter un peu les températures (l’histoire des fleurs, je sais pas si c’est vrai, mais le fait que les températures descendent en chute libre pendant la nuit, dans un désert, c’est vrai ! 🥶)
Nous avons donc fait le tour des principaux Tozales du coin, un paysage plutôt impressionnant avec ces mini-montagnes au formes bizarres dont le futur ne dépend que d’une pierre plate, posée par hasard à leur sommet, et qui réduit les effets de l’érosion à cet endroit là. En fait, comme les « cheminée de fées », les Tozales ne sont pas des montagnes qui sont sorti de terre, mais des reste de terrain non érodé qui sont resté à leur place originelle là où, tout autour, le sol s’est érodé…
L’autre aspect des Monegros, c’est de marcher dans les pas de George Orwell, puisque c’est ici que le célèbre auteur de La ferme des animaux ou de 1984 (et aussi d’Hommage à la Catalogne) est venu combattre aux côtés des troupes républicaines, pendant la guerre civile espagnole, avant de devoir retourner à Londres après avoir reçu une balle dans le cou. Il y aurait encore beaucoup à dire sur cet endroit si surprenant (en particulier les panoramas impressionnants qu’il offre sur les Pyrénées, au loin), et on en est repartis avec déjà l’envie d’y retourner pour en profiter un peu plus…
































































je suis trop contente de recommencer les aventures de Marvin. J’adore les photos et j’aime le faite qu’avec chaque blogue… Lire la suite »
Bonne route !
on vous a croisés dans le mauvais sens, le jour du départ, vous remontiez vers Andorre la vieille, on s’est… Lire la suite »
Bonne route ! Et bonnes découvertes ! Benjamin, je suis chez toi pour une dizaine de jours !! Hotel à… Lire la suite »